Comment constituer le réseau de prestataires?

1/Extraits des débats (mars 2013)

Comment sont choisis les prestataires?

Les critères de recrutement des prestataires découlent de la charte élaborée par chaque groupe porteur d’un projet de monnaie locale complémentaire et de l’éthique qu’elle définie: voir le travail réalisé pour la charte des valeurs de la doume en bas de cet article.

A Roanne pour la Commune on s’est aperçu que si l’on recherchait des prestataires trop éthiques, on n’en trouvait pas ! Ils ont évolué vers une charte moins exigeante mais en prévoyant une progression vers la charte idéale. Ils ont donc établi des critères et une fiche où chaque prestataire dit ce qu’il veut essayer de faire dans l’année pour évoluer. Des échanges se créent entre prestataires, par exemple pour se donner des informations sur les fournisseurs.

 Il y a des seuils critiques au niveau de la dimension du réseau de prestataires pour avoir une indépendance. Une étude au Canada a établi qu’il fallait avoir environ 150 prestataires pour parvenir à s’équilibrer, à payer un salarié à plein temps.

Avec la Roue, la MLC fonctionne sur un département : comment s’est créé le réseau ?

Comment faire quand on est limitrophe ? Comment est-ce que l’on contrôle le respect de la charte ?

Tout dépend de ceux qui vont avoir envie de porter le projet. Les limites de la MLC ne dépendent pas des limites du département. Les prestataires s’engagent moralement sur une charte de progrès. On leur fait a priori confiance. L’important est qu’il y ait sur place un groupe actif.

La MLC est basée sur la confiance : il faut donc se connaître. La Commune est utilisée sur 7 cantons car ils considèrent que les gens se connaissent au niveau de cantons. A Barcelone, il y a 250 000 utilisateurs et une monnaie par quartier.

Il ne faut pas croire que les commerçants veulent tous entrer dans le réseau, au contraire ! Cela change quand le réseau atteint une taille critique, beaucoup veulent alors y participer.

Dans le Vaucluse, ils sont actuellement en discussion avec Enercoop pour que l’on puisse payer son électricité en MLC, ainsi qu’avec le centre de méthanisation.

Ils vont aussi voir les collectivités locales en leur expliquant que si elles rentrent dans le système des MLC, elles transforment une dépense de fonctionnement en dépense d’investissement.

Le travail sur la MLC leur a permis de prendre conscience du manque énorme de producteurs locaux. Les mêmes poireaux que ceux cultivés dans le Vaucluse viennent d’autres régions tandis que ceux cultivés localement partent ailleurs. Ils s’interrogent sur les moyens de faciliter l’installation de nouveaux producteurs.

Faut-il ne pas accepter de supermarché ?: Même s’il dit qu’il vend de plus en plus de produits bio ?

 Les supermarchés n’ont pas intérêt à faire partie du réseau de la MLC. Avec le Chimgauer où ils sont acceptés, les supermarchés se retrouvent coincés avec beaucoup de MLC sans producteurs locaux parmi leurs fournisseurs pour les écouler.

 Accepter les magasins franchisés pose aussi problème car ils dépendent en général d’une plate-forme d’achat.

 A Toulouse ils ne sont pas acceptés dans le réseau. Ce sont les Biocoop qui sont les plus gros prestataires et qui occasionnent le plus de « fuites » en reconversion de la MLC en euros.

Quels arguments peut-on donner pour convaincre les commerçants à accepter une MLC ?

  •  Parce qu’il y a par exemple un café associatif à côté qui utilise la MLC et que ce sont des clients potentiels.
  •  Parce que le village se dépeuple et qu’on a besoin d’une action concrète.
  •  Pour intéresser à acheter à côté de chez soi plutôt qu’au supermarché
  •  Pour créer un cercle vertueux où on se fait travailler les uns les autres

 Environ 1000 personnes utilisent le SOL Violette ainsi que 120-130 prestataires. Les commerçants augmentent leur chiffre d’affaire d’environ 4% quand ils entrent dans le réseau mais ce n’est pas l’argument qui est mis en avant quand ils vont les démarcher.

Que fait-on quand on a des difficultés à convaincre un commerçant ?

  •  Il ne faut pas insister. Avec le développement de la MLC, il y a un effet d’aspiration. Ils vont demander d’eux-mêmes.
  • Mais avec la Commune on n’en est pas encore là. Tout le monde est sous le regard de chacun. Tous les mois il y a un bulletin avec des commentaires sur ce qui se passe.

Comment amener les professionnels du réseau vers les cheminements vertueux ?

Le groupe porteur  de la Commune a considéré que les utilisateurs ne sont pas des imbéciles. Les professionnels ont, sur le site internet de la Commune, une fiche de positionnement personnel et s’interrogent sur ce qu’ils pourraient faire sur un an pour progresser dans la charte, sans obligation de résultat. Les utilisateurs voient leur raisonnement sur internet, les résultats en pratique et peuvent choisir leurs professionnels en conséquence.

 Quelle comptabilité pour les commerçants ?

Toute la comptabilité est en €. Pour la MLC reçue en paiement, ils inscrivent simplement la MLC en tant que « autre » monnaie. La TVA est payée de la même façon que pour les encaissements en euros. S’ils versent une partie du salaire en MLC, les déclarations d’impôts des salariés se feront en euros.

 Comment les prestataires écoulent-ils la MLC reçue?

Pour la MLC la Commune, ils ont demandé à leurs prestataires de faire le lobbying chez leur fournisseurs. Les prestataires essayent en fait de convaincre en amont et en aval.

Mais payer ses fournisseurs n’est pas la seule solution. On peut proposer de payer une partie du salaire en MLC ( seulement si le salarié est d’accord), devenir comptoir de change, de donner des billets de MLC au lieu d’une réduction…

 Le trésorier payeur n’a pas encore accepté que la mairie de Toulouse puisse être payée en SOL car cela devrait alors être accepté partout.

Et les entreprises du bâtiment, les artisans ? C’est peut-être plus facile au niveau des entreprises de matériaux écologiques…

Est-ce que les prestataires peuvent reconvertir la MLC en euros ?

Si le prestataire ne parvient pas à utiliser les doumes qu’il a reçues en paiement, il peut en général les reconvertir en euros, avec ou sans pénalité. Avec le SOL Violette, ils le peuvent mais avec 5% en moins . D’autres monnaies locales sont reprises sans pourcentage en moins car cela pose des problèmes aux petits prestataires.

2/Fonctionnement de la doume


  • Lors d’un atelier spécifique lors du forum des alternatives locales (en mars 2013) nous avons commencé à lister les critères qui suivent.

1- La MLC est liée à un territoire défini (Puy de Dôme?) Les circuits courts sont privilégiés, l’économie locale est favorisée, la MLC doit permettre de redynamiser l’économie locale.

 2- Les prestataires doivent être diversifiés pour permettre de couvrir un maximum de besoins. (Ce critère détermine l’étendue du territoire concerné: notion de maillage du territoire.) Mais quels besoins? Alimentation bien sûr mais aussi vêtements, transports, logement, culture, services à la personne, réparation de matériel, artisanat.

 3- La MLC doit favoriser la solidarité et la complémentarité. Par exemple une petite épicerie permet de maintenir la vie à la campagne même si elle ne répond pas d’emblée à tous les critères définis par la charte. La MLC crée du lien social : ateliers de réinsertion.

 4- Les prestataires doivent répondre à des critères d’éthique sociale: justesse des prix, politique salariale cohérente.

 5- Les prestataires doivent respecter les critères environnementaux définis par la charte : agriculture biologique, alimentation de qualité, circuits courts, refus du système de production libérale, vigilance sur la provenance des articles.

 6- La formation et l’implication des prestataires: il doit y avoir des critères minimum voire impératifs mais pas trop restrictifs et exigeants  au départ; il faut privilégier une démarche évolutive, avec accompagnement . Les prestataires engagés  sont incités à favoriser le développement de la MLC en  recourant à des fournisseurs payés en MLC, en payant  leurs salariés  au moins partiellement en MLC, en proposant des promotions sous forme d’adhésion aux utilisateurs potentiels.

Sur le plan pratique, l’accompagnement des prestataires  et  le contrôle du respect des critères peuvent lourds à gérer: prévoir un système d’autoévaluation?

  • Lors du forum des alternatives locales, les participants ont pu aussi indiquer les critères qui leur paraissaient les plus importants en apposant des gommettes sous des propositions issues de chartes de valeurs d’autres MLC.
  • Les résultats de ces deux processus ont été retravaillé par un groupe qui a fait une proposition de Charte discutée lors de l’assemblée générale du 25 janvier 2014 pour aboutir à la Charte des valeurs de la Doume.
  • Cette charte a été précisée par une résolution travaillée et adoptée lors de l’assemblée générale de septembre 2014: http://adml63.org/la-doume/choix-des-prestataires/

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